Historique des races Irish Cob et Gypsy Cob

* texte rédigé par Sébastien Lambeau et diffusé ici avec son accord *

Le Gypsy Cob a une histoire très ancienne et un peu imprécise, aucun document n’a été gardé et on ne sait pas exactement quand elle a commencé… Puisque la plupart des Gitans ne pouvaient ni lire ni écrire, ils n’ont pas écrit les lignées de leurs chevaux. Les « registres » étaient et sont conservés, tout comme leur Histoire, par le bouche-à-oreille. Certaines lignées de la race et leurs origines sont bien connues et transmises à travers les générations.
Ce n’est pas parce que les généalogies n’ont pas été écrites et enregistrées sur papier que certaines connaissances sur les différentes lignées ne sont pas exactes.

Le Gypsy Cob a été créé et élevé par les fermiers et les gitans en Angleterre, en Irlande, au Pays de Galles et en Écosse, depuis plus d’une centaine d’années.

Il a été d’abord été cheval de ferme, Cob plus économique à nourrir que ses ancêtres Shire et Clydesdale, mais plus fort que les poneys dans ses origines. Il était le compromis idéal pour herser les champs, apporter les produits au marché en tirant sa charrette... un animal de traction avant tout, dès ses origines. Puis il fut soigneusement élevé et sélectionné par des générations et des générations de voyageurs, spécifiquement pour sa nature calme et douce, aussi bien que pour son intelligence, sa robustesse, sa fiabilité, sa polyvalence et sa beauté.

Dans les tout premiers temps, les Gitans voyageaient avec des chariots plats (« Flat Carts ») sur lesquels ils plaçaient leurs tentes. À cette époque, les chevaux qu’ils utilisaient n’avaient pas besoin d’être particulièrement imposants. Ils les aimaient avec beaucoup de vitesse et moins de pouvoir de traction, afin qu’ils puissent se déplacer plus rapidement.

Plus tard, les Gitans se sont tournés vers les roulottes, ils ont alors évidemment eu besoin de chevaux plus lourds et plus forts pour tirer la charge. Ces chevaux ont dû être suffisamment forts pour tirer leurs caravanes extrêmement pesantes. Le poids, non seulement de la caravane elle-même, mais aussi de tout ce que la famille possédait.
La plupart des caravanes pesaient tellement que tout le monde, sauf les très jeunes enfants et les personnes âgées, marchait à côté quand ils voyageaient d’un endroit à l’autre.
Ainsi, pour être en mesure de tirer de tout cela, leurs chevaux ont dû être solides, lourds, avec de fortes ossatures, d’épaisses encolures, des dos et des épaules puissants, des jambes fortes et de larges pieds. Ils devaient être imperturbables en toutes situations, absolument fiables et francs dans leur relation avec les humains, dont des enfants. Au travail également on attendait d’eux d’être extrêmement calmes puisque d’un simple mouvement de panique pouvait résulter la destruction littérale de la maison de leur maître.

Ils devaient être suffisamment rustiques et forts pour survivre aux conditions météorologiques les plus rudes, souvent avec de maigres sources de nourriture. Ils devaient être capables de tirer une caravane toute la journée si nécessaire, sur des routes difficiles ou des voies boueuses. Ils devaient être volontaires et toujours faire ce qui était exigé d’eux. Dans le passé, la plupart vivaient de ce qu’ils trouvaient à brouter le long des routes de campagne lorsque la famille campait pour la nuit. Ils devaient donc être frugaux et faciles d’entretien. Ils étaient aussi des membres de la famille à part entière, nos gentils cobs devenaient les compagnons de jeux des enfants et vivaient en bonne entente avec les autres animaux du campement. De cette époque ils ont gardé le caractère doux et proche de l’homme.

Durant la Première Guerre mondiale, une grande partie des chevaux de Grande-Bretagne ont été réquisitionnés par l’armée. Toutes les tailles et morphologies de chevaux ont été utilisées pour tracter les canons, porter les régiments dans la bataille et transporter les blessés depuis les fronts.
Le seul type de cheval dont l’armée ne voulait pas était le cheval de robe PIE, ceux-ci étant peu propices au camouflage ! Le peuple gitan, toujours ingénieux, disposait donc d’une abondance de chevaux bon marché, colorés.
Autre avantage utilitaire de cette robe : être facilement reconnaissable et identifiable ; elle constitue donc une garantie contre le vol. Cette robe répondait aussi au goût des gitans pour le « Flashy », sélectionnant ainsi des chevaux aussi colorés que les roulottes qu’ils devaient tirer.

Et voilà les origines de la préférence pour cette robe dans notre race.


À l’origine, les gitans prenaient les chevaux disponibles, avant d’opérer au fil du temps une sélection plus orientée et créer progressivement leur race. Malgré le fait que la très ancienne histoire du Gypsy Cob soit incertaine, ils descendent très probablement de plusieurs races de chevaux de trait et de poneys disponibles dans les îles Britaniques. Il ne fait aucun doute que Shires, Clydesdales, Poneys Dales et « Galloways » (ancêtre du Fell), ont pris part aux premières ébauches du Gypsy Cob. Au pays de Galles est née la race « Welsh Cob », qui a également infusé le sang du Gypsy Cob.​

Le peuple gitan préférait la disponibilité et le « tape-à-l’œil » des chevaux de couleur, la force et la fiabilité des races lourdes, et avait besoin de la rusticité, du corps compact et des pieds sûrs des poneys Fell et Dales.

Ils ont continué d’élever leurs chevaux en utilisant ce mélange de races, en adaptant leur taille et le type qu’ils préféraient pour répondre à leurs besoins particuliers et goûts.
Avec la sédentarisation des années 60, les cobs ont continué à être élevés par tradition plus que par utilité, c’est la qu’ils sont devenus de plus en plus « flashy » et que l’opulence des fanons est devenue un objectif dans la sélection. Moins utilisés pour l’attelage lourd, les tailles ont commencé à baisser. Et ainsi, à mesure que le temps passait, la race est devenue le cheval que nous connaissons aujourd’hui avec des versions multiples.

Notre race est depuis toujours en perpétuelle évolution et multiple dans ses modèles, et l’est encore de nos jours. 
De nombreuses versions de tailles et de types, voire d’allures, se dessinent et co-existent encore 
chez le Gypsy cob moderne.
En Angleterre, deux types sont en train d’être travaillés et se diffusent de plus en plus parmi les éleveurs devenus sédentaires et n’ayant plus d’usage pratique du cheval. Les gypsy sont donc sélectionnés de plus en plus uniquement pour leur côté « flashy ».
D’
un côté des « mini gypsy cobs » de plus en plus petits sont à la mode et la recherche de la taille la plus basse en gardant le type est devenue pour certains un véritable « Graal ». Ainsi la taille moyenne de la race dans son berceau est tombée entre 1m25 et 1m40. Les plus prisés sont même couramment entre 1m10 et 1m20. Certains éleveurs voulant des résultats plus rapides, il est assez rare de trouver des minis vraiment petits sans qu’ils ne montrent une retrempe assez récente avec de petits poneys type Shetlands...
Parallèlement, les « Stepper » se développent et de nombreuses « Drive » sont organisées lors de nombreuses occasions tout au long de l’année. Ces manifestations destinées à faire voir ses chevaux et surtout leurs allures en attelage sont des sortes de « show » ou de « courses » de rue. Il est attendu de ces « Stepper » les allures les plus relevées et brillantes possibles. Plus le cheval lève haut les genoux et les jarrets, et plus il est apprécié. Ils sont issus de lignées et de sélections visant à présenter ces allures le plus naturellement possible, mais certains voient leurs allures amplifiées par des pieds trop longs et des fers trop lourds.
Ces « Stepper » montrent pour beaucoup une retrempe plus récente d’autres races (Hackney, Welsh) pour incorporer de telles allures. Aussi certains sont plus légers en ossature et en fanons. Encore en pleine évolution, il est encore très difficile de trouver un Gypsy cob qui associe ces allures particulières à un type irréprochable.

Fin des années 90, la race a été découverte dans le monde entier et importée un peu partout jusqu’aux USA. Ce fut une véritable explosion : les effectifs, élevages, importateurs se sont multipliés afin de répondre à la demande de plus en plus grandissante.

Les robes diluées un peu délaissées par les éleveurs originels qu’ils qualifiaient de « Odd Colors », leur préférant les traditionnels pie noir et blagdon, ont alors progressivement connu, sous l’engouement international, un boum au début des années 2000. Ils partaient à des prix incroyablement élevés selon leur rareté... suscitant convoitise et appât du gain. Beaucoup d’éleveurs dans le berceau de la race se sont tournés vers ces robes, quitte à utiliser des reproducteurs médiocres, voire croisés afin de répondre le plus rapidement possible à la demande toujours croissante, à des prix démesurés malgré la qualité de type parfois inférieure.
Maintenant, les robes Isabelle, Palomino, Silver dapple et même Pearl deviennent de plus en plus courantes et les prix par conséquent de plus en plus abordables. Heureusement, entre temps, certains éleveurs de qualité se sont penchés sur la question et par sélection ont progressivement remonté le type et la morphologie de ces chevaux colorés. Ainsi, une dizaine d’années plus tard nous pouvons enfin présenter davantage de sujets de robes diluées, mais n’ayant rien à envier en type et morphologie à n’importe quel excellent pie noir.
Bien sûr, par conséquent, ces modèles issus de beaucoup de travail d’élevage présentant la Robe ET la qualité restent encore plus rares que le « tout-venant » de couleur. Aussi ils restent encore légèrement plus onéreux qu’une robe classique à qualité égale. 

 Ensemble, sortons des travers d’une race amateuriste, dans les mains de beaucoup d’opportunistes sous les seuls prétextes que le Gypsy Cob est un cheval facile, gentil, à la mode et qu’il s’agit d’une race principalement orientée vers le loisir...​ 
En tant que passionnés, notre travail est de préserver notre race dans tout ce qui fait sa Beauté en prônant le Caractère, la Fonctionnalité et le vrai Type originel du Gypsy Cob Traditionnel !​

La race a toujours été multiple et pendant que certains suivent ces modes, d’autres militent pour conserver les types traditionnels, le « Proper Cob ». De taille moyenne, avec beaucoup de charpente et de substance, une belle ligne du dessus ainsi que des crins et fanons toujours plus fournis.... mais dans toutes ses variétés de robes.
Tandis que d’autres se font entendre pour conserver les « Big Gypsy cob », le même modèle traditionnel, mais avec une haute taille comme celle des anciens « Vanners » qui avaient la stature suffisante pour tirer les roulottes « Bow Top »

Nous avons aujourd’hui la chance de pouvoir dire que nous possédons une Race de Chevaux vraiment unique, dont l’ascendance et l’Histoire sont liées à celle des hommes. Nous devons une grande gratitude à ces éleveurs du passé qui ont peut-être créé le cheval « parfait ».
En temps de passionnés, nous leur devons de préserver cette race dans sa pureté et tout ce qui fait sa spécificité : son caractère extraordinaire et son type Traditionnel hors du commun qui le rendent tellement à part des autres chevaux, en gardant des croisements et du manque de sélection dont la race souffre à grande échelle. 
Accordons donc également une grande importance à l’hippologie, depuis longtemps négligée et pourtant base capitale pour tout cheval, quelque soit sa race. La bonne conformation d’un cheval est encore plus importante que son type lorsque l’on souhaite un cheval capable de se mouvoir correctement et travailler avec longévité et efficacité.